On a toutes eu un jour la culpabilité de le penser, on essaye de la combattre, on a HONTE de nous, Mesdames, Mesdemoiselles, (Messieurs?) quand ça nous tombe dessus...
Mais de temps en temps, le petit Chéri de Nous, on le déteste.
Et là depuis deux ou trois jours, sans rien enlever à tout l'amour que je lui porte, je le hais. MAIS JE LE HAIS!
Pourquoi? Ben ce qui est chouette, ce qui rend la situation équilibrée, ce qui fait que tout va bien en fait, c'est que je sais pourquoi.
Dans ma tentative d'honnêteté quotidienne, en prenant garde à ces pointes d'hypocrisie que je détesterais faire sentir, en veillant à toujours être assez objective sur moi-même, je constate toujours des faits, ceux qui dépendent de moi, et ceux qui n'en dépendent pas. Oui, le point sensible est là, quand on fait une bêtise ou une chose chouette, il faut être capable de la reconnaître... Vous n'avez pas remarqué que les petits tracas qui nous pourrissent la vie sont bien souvent affaire d'orgueil ou de fausse modestie?
De "fausseté", dans tous les cas.
Je vois donc, en arrêtant de me cacher derrière l'idée saugrenue de l'amour tendre, que j'ai trouvé mon équilibre dans une relation ou des fois, je me sens à côté.
Et là, en ce moment, je suis carrément à côté.
Non pas parce que Monsieur possède tout pouvoir à la maison, au contraire, manquerait plus que ça tiens!
Mais plutôt parce que... En fait concrètement... Tout lui réussit.
Le point culminant de ma détestitude est arrivé Dimanche, en constatant qu'il n'avait même pas pris la peine de déballer son sac à repas genre pour mettre le Tupperware au lave-vaisselle.
Faisons le point:
2 semaines ago : Monsieur Petit Chéri embauche pour son nouveau travail.
1 semaine ago : Il aime son boulot, il jubile de ses tâches quotidiennes, bref, il kiffe. Et EN PLUS, il trouve une super moto pas chère et il l'achète avec les sous que nous avons économisés exprès pour. Et EN PLUS, il reste de la thune pour acheter le casque (trop hype) de sa nana.
Vendredi : Il va la chercher sa moto... Et en plus, elle est géniale. Illico il emmène sa Dame (moi). "Wanna go for a ride, babe?" J'enfile mon attirail et je sens monter en moi l'extase incroyable de la réalisation d'un rêve un peu simple... Une ballade à moto... Chevauchant la bête, au son viril et à la sportivité à vous laisser sur le tarmac, je me sens remplie d'un étrange sensation... Un truc fou... Le quoi?
Le "B o n h e u r"?
Je me trouve trop sexy avec mon jean, mes bottes, mon blouson et mon casque avec visière pare-soleil. Il a une forme démentielle et j'ai envie de me la péter. Noir mat. La classe ultime.
Le pare-soleil, il se baisse avec une molette trop design sur l'oreille gauche du casque.
Je jubile.
Une halte, je m'en grille une, ouais on avait arrêté de fumer depuis plus d'un an, mais on a recommencé. Pourquoi? Parce que c'est bon.
Une clope, la moto, le petit Chéri, le soleil couchant. J'hallucine. En plus, il est beau, ce con, dans son petit polaire Furygan moulant juste ce qu'il faut, la fermeture ouverte, laissant apparaître les attraits virils d'un rebelle en sommeil, ses tatouages.
Et je me sens soudain remplie d'une vilaine tristesse.
Je remets, là, au milieu de cette sensation de Liberté Absolue à la Easy Rider, que depuis un an je suis seule chez moi à galérer sans boulot.
Le C H O C.
Les attentes du rock'n'roll latent en moi depuis trop longtemps, soudainement satisfaites, explosant d'un coup, me montrent toute la misère dans laquelle j'étais enfermée sans espoir d'en sortir avant un certain moment.
Trop grosse, trop moche, trop conne, trop incapable, trop fade, trop loin de la personne que j'ai envie d'être.
Voilà la vision dans laquelle je (ne) me (com)plaisais (pas), simplement balayés par une petite balade à moto, un baiser et une cigarette.
Etrange.
Samedi : On se lève tranquilles. On va faire les courses sans grande conviction. On parle d'avenir, cet avenir qui se rapproche et qui semble enfin vouloir se faire modeler par nos mains. Projets, projets chéris, surtout ceux qui se réalisent.
"Oh on a oublié le vin blanc!"
Qu'à cela ne tienne, une excuse pour prendre la moto. "On passe à l'éléphant bleu?" ouais elle en a bien besoin de se faire bichonner, la Bête.
On rentre. Je cuisine mes "Moules&Frites". Non mais en plus je me gave, elles sont super bonnes. La soirée est douce et la chaleur dedans de moi ne me quitte pas.
Dimanche : Concentration de HD (Harley Davidson pour les initiés qui se la pètent) et de voitures américaines. Y'avait carrément de quoi se rincer l'oeil. Ambiance sympa, tout ça. On y va avec un collègue de petit Chéri qui kiffe ça, lui aussi.
La sensation bizarre revient : quoi, on a une vie sociale maintenant? On partage notre passion avec un gars sympa? On a une vie sociale?
Ca me troue le cul, mais n'arrive pas à érailler mon naturel avenant et enjôleur, bref, l'après-midi se passe super bien, on bave sur les Stingray et les Electra Glide, on se risque même à acheter un t-shirt à un mec en mal de pub dont les produits sont géniaux.
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On rentre. On est crevés. On bouffe à moitié et on se couche.
Lundi Matin : vive la moto. Petit Chéri est supra content de pouvoir se lever une heure plus tard. Pas obligé de prendre le bus. Bah non la Bête est la pour ça, pour te transporter d'un point A à un point B, dans le vent.
Je lui ai préparé son repas, avec amour comme toujours, fidèle aux principes du Bento que je vénère, petite boite à repas Japonaise, représentation de toute l'affection portée à la personne pour qui elle est préparée.
En plus, il est super bon.
Bon pas de bol, un tout petit soucis de pneu arrière, il laisse la moto au boulot, ramène la roue, pour que je m'en occupe mardi matin, que je lui ramène mardi après midi, et qu'on rentre ensemble le soir.
Mardi : Va pas au travail ce matin. Le garagiste est prêt à lui prendre la roue de suite et a lui réparer comme ça, genre que cet aprem il remonte sa roue, et il rentre tranquille avec la Bête.
Décidément, il a le cul vernis.
J'aurais même pas eu l'opportunité de me radiner avec ma roue au garage et de lui ramener, histoire de me sentir utile, de prendre la pluie le frais, de me la péter avec mon casque à la main!...
Bah non...
En plus, j'avais trop fait à manger, donc j'ai préparé deux Bentos. Un pour lui, et un pour Nico (et un pour moi, accessoirement...)
En plus, ils sont super bons.
Et me voilà aujourd'hui, dans tout mon ressentiment, en "Desperate Housewife Mode", à devoir continuer ce qui est mon lot depuis trop longtemps maintenant... tenir la maison et pouponner les chats.
Voilà pourquoi je le hais.
Je le hais parce que la chance lui sourit et que surtout, il sait la saisir.
Je le hais parce que moi aussi, je veux une moto.
Je le hais parce que dans toute sa douceur et sa compréhension, il m'a acheté un paquet de clopes que j'aime, parce qu'il avait bien compris que pas de clope, pas de viande, pas d'alcool, pas de sorties, pas d'amis, pas de vie, ça commençait à me peser. GROS.
Je le hais parce qu'il sait répondre instinctivement à mes besoins et à mes envies.
Je le hais parce qu'il me donne l'impression que j'ai été créée pour lui et qu'il sait me lire comme on déchiffre la Pierre de Rosette quand on est le premier à en avoir la clé.
Je le hais parce que, quand je me trouve trop ceci ou pas assez cela, Lui, il me trouve trop bien, et pas assez au courant du fait que je sois trop bien.
Je le hais parce que dans son amour je découvre qui je suis vraiment, et surtout, à quel point je me suis perdue, à quel point je suis déçue de moi-même, à quel point je n'ai pas su écouter la Vraie Moi qui criait depuis tout ce temps sans que je sache l'entendre.
Je le hais parce que lui, il a su le faire.
Et tout peut alors se résoudre à une ballade, un baiser, et une cigarette.
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